vendredi 13 février 2015

Soigner à distance par le Yoga



Deux personnes m’ont sollicité il y a quelques jours afin d'aider leurs proches éloignés géographiquement. Une dame voulait réconforter sa sœur située à plusieurs centaines de kilomètres et qui souffre de difficultés psychologiques importantes ;  l’autre dame voulait soutenir ses parents âgés vivant au Japon, et particulièrement son père atteint de la maladie de Parkinson. J’ai été touché par le désarroi de ces deux personnes et par leur douloureuse sensation d’impuissance. Se sentir incapable d’aider une personne que l’on aime est cause d’une grande souffrance. Aussi, j’ai voulu exposer une méthode que propose le Yoga, fort utile dans ces circonstances. En la suivant avec application, foi et persévérance, il est indubitable que vous parviendrez à être utile et bénéfique, et par la même développerez le potentiel considérable qui est en vous. La distance géographique n’est une séparation que sur le plan matériel. Mais l’énergie fait fi de ces contraintes physiques car elle vole à travers l’espace et parvient instantanément à son destinataire.
 
Soigner à distance par le Yoga

Il nous est parfaitement possible d’aider une personne à distance en utilisant la pratique du Yoga, mais c’est une connaissance largement méconnue. Nous n’avons pas, en effet, pas conscience de l’étendue des pouvoirs de notre esprit car cela ne fait pas partie de notre tradition. Tandis que l’Occident s’est appliqué à se rendre maitre de la nature et à développer la technique, l’Orient s’est toujours consacré à la connaissance et la maitrise de l’esprit. Les sages indiens ont ainsi développé une conception de l’être humain fondée sur trois composantes : le corps matériel, le corps subtil et l’esprit - ces trois éléments ne pouvant être séparés les uns des autres et évoluant dans une constante interaction.

Le Yoga nous enseigne ainsi que l’énergie peut être contrôlée, maitrisée par l’esprit. A l’occasion d’un cours de Yoga, les postures que nous adoptons et les états mentaux que nous générons permettent au Prana (souffle vital) de circuler de façon harmonieuse, ce qui favorise ainsi une excellente santé. Mais, bien souvent, cette régulation s’opère en nous de façon inconsciente : on en ressent les bienfaits sans savoir trop comment la pratique a pu agir si favorablement sur nous. Il est toutefois possible de diriger volontairement cette énergie vitale, soit vers telle région à l’intérieur de notre corps, afin d’éveiller telle ou telle faculté, soit vers l’extérieur de notre corps pour en faire bénéficier autrui.

Ces principes vous sont sans doute déjà connus et je me borne à les évoquer pour replacer votre esprit dans un environnement familier : la pratique qui suit n’en est que le prolongement naturel.

Swami Shivananda dans son ouvrage Science du Pranayama (édition du Centre International Sivananda de Yoga Védanta, page 86,) expose cette technique de soin. Je reproduis le paragraphe concerné, avant de fournir quelques explications.

1.       Le texte de Swami Shivananda :

Guérison à distance

On l’appelle aussi « traitement par absence de traitement ». Vous pouvez transmettre votre Prana à distance à votre ami. Il faudra qu’il ait une attitude réceptive. Vous devez vous sentir « en rapport » (en français dans le texte anglais) – (en relation directe avec lui et avoir de la sympathie) avec cet homme que vous soignez selon les principes de la guérison à distance.

Vous pouvez convenir par correspondance avec vos patients, d’une heure fixe de rendez-vous. Ecrivez-leur : « Soyez prêts à 4h. du matin. Ayez une attitude mentale réceptive. Etendez-vous confortablement, dans un fauteuil. Fermez les yeux. Je vais vous transmettre mon Prana ». Dites mentalement au malade : «  Je te transmets une réserve de Prana (force vitale) ». Pratiquez Kumbhaka lorsque vous envoyez le Prana. Pratiquez aussi la respiration rythmique. Ayez une image mentale du Prana quittant votre corps à chacune de vos expirations ; sentez qu’il traverse l’espace et entre dans le corps du malade. Le Prana lorsqu’il voyage, est aussi invisible que les ondes radio et il flamboie comme l’éclair dans l’espace. Le Prana coloré par les pensées du guérisseur est projeté dehors. Vous vous rechargerez en Prana si vous pratiquez Kumbhaka. Ceci demande une longue pratique, assidue  et régulière. »

2.       Commentaires

Plutôt que de guérison à distance, je préfère parler de soin à distance car c’est la personne qui va guérir, certes avec l’aide du soin énergétique. Il importe donc de ne pas s’attribuer à tort une responsabilité que l’on n’a pas.

Pour effectuer correctement ce soin à distance plusieurs conditions doivent être réunies.

2.1.    Etablir la motivation juste

Le premier élément, et le plus important, a trait à la motivation. L’intention doit être généreuse, altruiste : il s’agit de porter secours à une personne qui souffre physiquement et/ou mentalement. Est-il utile préciser que toute personne qui chercherait à utiliser les pouvoirs de l’esprit et les techniques du Yoga à des fins nuisibles en subirait immanquablement de terribles conséquences.

Votre juste motivation vous servira constamment de boussole : vous saurez que vous avancez dans la bonne direction chaque fois que vous serez inspiré par cet esprit altruiste.

2.2.    Une motivation partagée

Il est impossible de faire le bonheur des personnes malgré elles : on peut vouloir les aider, mais si elles ne sont pas décidées à faire quelque chose pour elles, on mobilisera en vain des flots d’énergie.

Il faut donc s’assurer que la personne veuille réellement aller mieux, ce qui suppose parfois qu’elle modifie son comportement général.

2.3.    Une personne à qui l’on se sent relié

Il est plus facile d’aider une personne que l’on connait et que l’on apprécie, avec laquelle on se sent « des atomes crochus » : parents, enfants, amis. De cette façon, la motivation est spontanément puissante et l’image de cette personne se présente plus facilement à notre esprit.

Toutefois, il ne faudrait pas exclure par principe tous les autres êtres du champ de notre intérêt. Vouloir n’aider que ceux qui sont blancs, ou jaunes de peau, ceux qui sont français, ou de telle nationalité, serait une vue étriquée, une discrimination totalement injustifiée. Que penserait-on d’un médecin qui ne voudrait soigner que certaines personnes, et pas les autres ?

Par facilité uniquement, on va donc commencer par aider ceux qui nous sont spontanément chers. Puis, à  mesure que notre humanité se développera, nous pourrons étendre avec succès notre bienveillance active à un cercle de personnes de plus en plus large.

2.4.    Se représenter clairement la personne

Quand on veut envoyer une lettre à une personne, on a besoin d’un minimum d’informations : connaitre son nom et son adresse. De cette façon, le courrier lui arrivera très facilement. Mais si nous ne connaissons pas le numéro de la rue, la Poste devra effectuer des recherches pour trouver notre destinataire, ce qui sera donc plus difficile.

Il en va de même pour un soin à distance. Pour que l’on puisse se relier à une personne et l’aider efficacement il faut pouvoir la caractériser, l’individualiser, la discerner. Il est ainsi nécessaire de se la représenter clairement et d’avoir son image à l’esprit durant le soin. S’il s’agit d’une personne qui nous est inconnue, une photographie sera utile ou, à défaut, une page d’écriture, qui serviront de fil d’Ariane pour nous relier à cette personne et de soutien à notre concentration.

2.5.    Préparer l’organisation du soin

Pour que notre soin ait le plus de chance de réussir, il convient de créer toutes les conditions favorables. Voilà pourquoi on va convenir avec la personne du moment où on va lui adresser de l’énergie. Cela lui permettra d’être concentrée et de mieux assimiler ainsi l’énergie.

Il vous est sans doute arrivé d’allumer la radio, mais vous pensiez à autre chose et vous n’avez pas vraiment entendu ce dont il était question. Des ondes radio ont pourtant bien été émises ; mais elles ont mal été reçues. Pour un soin à distance, il en va de même : il est nécessaire que les deux personnes, l’émetteur et le récepteur, se concertent et se rendent pleinement disponibles. Ainsi, par les moyens de communication disponibles (courrier, téléphone, ou mail) on conviendra des modalités pratiques : « demain 11 février, à 12h45 je vais t’envoyer de l’énergie ».

Swami Shivananda parle de 04h00 du matin qui constitue une heure particulièrement propice pour les pratiques de Pranayama. Maintenant, ne vous empêchez pas de choisir un autre horaire si celui-ci est rédhibitoire. Disons simplement qu’une pratique effectuée au lever sera plus facile à conduire pour certaines personnes car leur esprit n’est pas encore accaparé par les préoccupations quotidiennes et que leur corps se trouve reposé.

Il est essentiel que la personne émettrice soit assise, le dos bien droit afin que l’énergie circule en elle correctement. Il convient aussi que la personne réceptrice soit confortablement installée et détendue pour se rendre pleinement disponible au soin.

2.6.    L’envoi de l’énergie avec kumbhaka

L’énergie circule instantanément et parvient immédiatement à son destinataire. La distance physique, l’éloignement, n’ont aucune incidence sur la circulation du Prana dès lors que dans l’esprit des deux personnes ne s’élève aucun blocage mental. Bien sûr, si l’émetteur doute et pense : « je vais essayer, mais je n’y crois pas vraiment », il ne se passera absolument rien car l’esprit de la personne est fermé. Il en va de même pour la personne réceptrice : il est nécessaire qu’elle ait une confiance entière, totale dans l’efficacité du soin. Mais, rassurez-vous, bien souvent quand une personne ne va pas bien, ses résistances diminuent : quand notre vie est en danger, on est plus disposé qu’auparavant à lâcher notre attachement à l’ignorance.

Cette énergie que nous allons adresser, nous la puisons dans notre « stock personnel », mais nous la générons aussi à travers une pratique de Pranayama spécifique. Nous installons ainsi au début du soin une respiration qui intègre une rétention de souffle avec les poumons pleins (kumbhaka*). De plus, cette respiration suit un rythme particulier : 1-4-2. Ainsi, nous allons prendre 2 secondes pour inspirer, puis effectuer une rétention à plein durant 8 secondes, et enfin expirer pendant 4 secondes.  On pourra très facilement envoyer l’énergie pendant les rétentions de souffle.

L’envoi de cette énergie constitue donc un acte mental, un acte réalisé avec l’esprit. C’est une intention, une volonté créatrice d’effet (cf. notre article sur la notion de karma). Pour formaliser cet acte mental on peut intérieurement réciter une phrase à laquelle on adhère totalement, du genre : «  je te transmets de l’énergie vitale », ou « je t’envoie de l’énergie afin que tu ailles mieux ».

Pour activer l’énergie, vous vous représentez la personne comme si elle était là « pour de vrai » et vous visualisez l’énergie vitale sous la forme d’un rayon, ou d’une onde, qui part de votre corps, voyage à travers l’espace et parvient aussitôt à son destinataire.

Cet envoi de l’énergie dure quelques respirations, ou quelques minutes, selon vos capacités.

Après le soin, on maintient la respiration avec Kumbhaka encore quelque temps afin de se recharger en énergie.

Il s’agit donc d’une pratique extrêmement simple.

3.       CONCLUSION

Swami Shivananda finit son exposé en disant que cette technique « … demande une longue pratique, assidue et régulière. »Il ne faudrait toutefois pas se décourager en lisant ces mots. Vous avez déjà une familiarisation profonde avec le Yoga, de plus votre motivation, votre désir de venir en aide à cette personne est très fort : nécessairement votre pratique produira un effet bénéfique dès la première fois. Et à mesure que vous persévérerez, vous deviendrez de plus en plus efficace.

Bien sûr, pour effectuer des soins à distance et se ressourcer à volonté, il existe aussi la pratique du Reiki très répandue à travers le monde. Le Yoga y prépare fortement. Mais je voulais ici présenter une technique tirée du Pranayama, peut-être plus accessible aux personnes qui ne connaissent que le Yoga.

Je vous souhaite de tout cœur de l’utiliser pleinement et je serai toujours très intéressé de savoir ce que vous avez pu faire de bien en la mettant en œuvre.

Christian Ledain

*A propos de Kumbhaka, Swami Shivananda précise : « Elle accroit la durée de vie. Elle développe la force spirituelle intérieure, la vigueur et la vitalité. Si vous retenez le souffle pendant une minute, cette minute est ajoutée à la durée totale de votre vie. « (Science Du Pranayama, édition du Centre International Sivananda de Yoga Védanta, p 61)

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